Écrit par Amélie Chiasson

Lorsque j’ai commencé à enseigner il y a 20 ans, notre moyen de communication avec les parents était l’agenda-papier des élèves ou le téléphone lorsque c’était urgent. Lorsque j’y repense, ça me fait bien rire, car les pratiques ont beaucoup évolué en si peu de temps.

Qui aurait dit à cette époque que l’usage de la technologie faciliterait l’apprentissage de langues secondes (L2)? Cette technologie est maintenant à notre disposition, mais pouvons-nous l’utiliser pleinement afin d’améliorer l’expérience d’apprentissage de nos élèves?

Les littératies numériques

Comme enseignants de L2, nous sommes tous familiers avec le terme littératie. Automatiquement, ce sont la lecture, l’écriture, la communication orale et l’écoute qui nous viennent à l’esprit. Ces compétences sont certes toujours essentielles, mais elles ne sont plus suffisantes pour permettre à nos élèves de s’engager pleinement dans leurs apprentissages en L2. Selon Duplàa (2011), le Web 1.0 a évolué vers le Web 2.0, ce qui signifie que nos élèves ne doivent pas seulement être des observateurs et visiteurs du Web. Dorénavant, ils doivent être formés pour devenir des participants actifs qui peuvent trouver, évaluer, comprendre, utiliser et modifier l’information, tout en participant en ligne avec un esprit critique.

En développant leurs compétences du 21e siècle, nos élèves pourront accéder à du matériel authentique et actuel, aller à la rencontre de locuteurs natifs de la langue cible, participer à des groupes de discussion et faire entendre leurs voix.

Les littératies numériques peuvent se résumer à trois mots simples: utiliser, comprendre et créer. Toutefois, leur simplicité n’est qu’apparente: ils représentent la voie d’accès à des compétences pour vos élèves et apportent une tout autre dimension à votre enseignement.

Par où commencer?

Il ne suffit pas d’avoir une tablette ou un ordinateur pour soutenir que nous faisons de l’intégration technologique. En plus de cibler l’intention pédagogique de votre activité, vous devez réfléchir aux objectifs linguistiques et aux outils qui permettront à vos élèves de rester motivés et actifs dans leurs apprentissages (Kolb, 2019). Cette réflexion est plutôt complexe, mais elle peut être facilitée grâce à un modèle d’intégration que j’aime particulièrement : Triple E Framework, développé par Pre Liz Kolb en 2011. Cette approche nous permet d’évaluer l’efficacité de notre leçon tout en découvrant divers outils et stratégies pour la bonifier. L’objectif est de favoriser l’engagement de l’élève qui utilise un outil technologique dans le processus d’apprentissage, ainsi que l’enrichissement de sa compréhension et le transfert des compétences dans des situations réelles de la vie (Kolb, 2019). Ce modèle-guide offre un bon départ. Surtout, n’hésitez pas à déployer votre créativité!

Prêt(e) à vous lancer? Non, pas encore!

J’entends certains d’entre vous me dire: « Mon temps est si précieux avec mes élèves et si limité. J’ai déjà tenté le coup une ou deux fois et c’était catastrophique! Certains élèves “surfaient sur le Net”, d’autres étaient incapables de se connecter correctement, tandis que d’autres encore me demandaient de l’aide, car je n’ai pas eu le temps de tout expliquer. » Effectivement, qui n’a pas vécu ce type d’expérience auparavant? Certaines pistes peuvent vous aider à rendre votre prochaine tentative plus sereine et productive.

Vous devez accepter que vous pourriez devoir consacrer un ou deux cours entiers à la familiarisation avec l’outil. Surtout, ne commencez pas avec l’idée préconçue que les élèves sont tous des experts numériques. Considérez le fait que certains puissent ne pas disposer d’outils technologiques à la maison sinon avoir un accès internet de piètre qualité. Cela signifie que leurs compétences de base peuvent être limitées. Il y a tellement d’éléments à envisager avant de pouvoir remettre l’outil physique aux élèves (Paquin, 2012). Il vous faudra donc les prendre là où ils sont et utiliser la différenciation pour accroître leur efficacité et leur autonomie. Comme enseignant(e) de L2, ce mandat peut vous sembler impossible. Or, un travail en équipe-école pourrait permettre une meilleure harmonisation de l’usage de la technologie pour tous les élèves. Votre investissement de temps n’est pas perdu. Au contraire, vous ouvrez un monde de possibilités dans votre pratique pédagogique et les apprentissages de vos élèves.

La différenciation

Si vous avez des élèves plus forts qui ont de bonnes compétences technologiques, enregistrez vos instructions à l’aide d’outils tels que Screencastify, Prezi ou EdPuzzle. Pendant que vous soutenez les autres élèves, ceux-ci peuvent aller à leur propre rythme.

N’hésitez pas à vous entourer!

Ne craignez pas de demander de l’aide et de faire appel à la force collective de votre équipe pédagogique.

Saviez-vous qu’il vous est possible de demander l’aide d’un(e) spécialiste de la pédagogie et de la technologie, ou technopédagogue, de votre conseil scolaire? C’est la personne la plus qualifiée pour vous soutenir. Elle peut vous aider à vous familiariser avec certains outils ou encore à élaborer un plan de leçon répondant à vos besoins. Certains technopédagogues acceptent même de vous accompagner en classe lors de votre premier essai avec vos élèves. Je me permets toutefois d’apporter un petit bémol avant tout emballement prématuré à l’idée d’avoir un(e) professionnel(le) à vos côtés: ces ressources sont peu nombreuses et la demande est en hausse. Vous devrez donc vous « lever tôt » pour prendre rendez-vous avec cette personne, mais il vaut la peine de tenter le coup.

Faire appel à des parents bénévoles ou à des éducateurs au sein de l’école peut également faire une belle différence dans nos premières tentatives. Et n’hésitez pas à envisager le jumelage des plus jeunes élèves avec les plus âgés et la mobilisation des plus expérimentés afin qu’ils viennent en aide aux débutants.

1,2,3 GO!

J’aimerais souligner l’importance de persévérer dans ce processus de changement et de transformation :

  • Ne vous en mettez pas trop sur les épaules.
  • Ciblez quelques objectifs qui vous semblent réalistes.
  • Avancez à votre rythme.
  • Entourez-vous, collaborez et informez-vous.
  • Soyez prêt(e) à être déstabilisé(e).
  • Faites-vous confiance et n’attendez pas d’être expert(e) en technologie avant de vous lancer.
  • Voyez-vous dans un rôle d’animateur(trice), de facilitateur(trice) et de coapprenant(e).
  • Amusez-vous et soyez créatif(ve)!

* Vous voulez vous familiariser davantage avec les littératies numériques? Visitez le site Habilo Médias (français) ou Media Smarts (anglais).

Références

Duplàa, E. (2011). Lire et écrire Internet. Enjeux, développement et évaluation des littératies numériques. Dans M.J. Berger et A. Desrochers (dir.), L’évaluation de la littératie (p. 261-292). Presses de l’Université d’Ottawa.

Kolb, L. (2019). SMART Classroom-Tech INTEGRATION. Educational Leadership, 76(5), 20-26.

Paquin, M. (2012). Les politiques sur l’intégration des TIC au Canada et l’utilisation des ressources pédagogiques numériques chez les enseignants francophones: Un constat de doubles inégalités. Dans C. Daviau et al. (dir.), Écoles en mouvements et réformes (p. 133-144). De Boeck Supérieur.

À propos de l’auteure

Amélie Chiasson enseigne depuis 20 ans. Elle est détentrice d’un baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire et d’un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en adaptation scolaire de l’Université Laval. Elle poursuit en ce moment une maîtrise en éducation à l’Université d’Ottawa.

Toutes ces années ont été principalement dédiées aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage en milieu minoritaire. Amélie a œuvré en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Italie auprès d’enfants d’âge préscolaire, d’élèves du primaire et du secondaire ainsi que d’adultes. Passionnée de pédagogie et de littérature jeunesse, elle a été conseillère pédagogique pendant quelques années pour ensuite retourner au sein d’une école en tant qu’enseignante-ressource.

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