Écrit par Rochelle Guida et Roswita Dressler

Cet article résume les principales conclusions de l’étude pancanadienne de l’ACPLS sur les expériences des enseignants de langues secondes (L2) relatives à la santé mentale des élèves et des professeurs pendant la pandémie de COVID-19.

L’ultimo ballo (La dernière danse)

Au début du mois de mars 2020, Rochelle a été invitée à organiser un festival italien à l’heure du dîner pour l’école afin de remonter le moral des élèves du secondaire qui ne pouvaient plus se rendre en Italie pendant la semaine de relâche de mars en raison de l’augmentation des cas de COVID-19. Avec ses élèves italiens, elle a organisé des jeux de cartes, une station de karaoké et une danse de tarentelle pour insuffler un petit goût de la dolce vita (« la vie douce ») à l’école. Cette journée a été l’une des plus bruyantes et des plus enrichissantes de son programme d’italien. C’était aussi l’un des jours les plus effrayants de sa carrière en raison du confinement sans précédent de l’Italie.

Peu de temps après l’événement, l’apprentissage de L2 a basculé en ligne. Rochelle a pris ses classeurs pédagogiques et a rapidement appris à adapter les documents papier au contexte virtuel. Au cours des trois mois suivants, elle se sentait anxieuse, épuisée et peu enthousiaste à l’idée d’enseigner virtuellement un cours d’italien multiniveaux. Elle s’en est sortie, mais plusieurs élèves ont ressenti un manque de soutien dans leur apprentissage et ont décidé de ne pas poursuivre l’italien l’année suivante. Tout au long de la vague, elle et ses élèves ont remis en question la valeur de l’apprentissage de l’italien en ligne en raison de la perte de riches expériences culturelles dans la classe physique. Découragée, elle s’est souvent demandé si c’était la dernière danse de son programme d’italien. Peut-être que d’autres enseignants de L2 se sont posé la même question.

Notre recherche

À l’automne 2021, l’ACPLS a commandé une recherche en vue d’explorer les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les enseignants de L2 au Canada et leur pratique, incluant des observations sur la santé mentale des élèves et de leurs familles. Un sondage en ligne et un groupe de discussion virtuel ont permis d’obtenir un éclairage sur les défis et le soutien en matière de santé mentale chez les participants. Ce blogue présente certains des points saillants de cette recherche.

Les défis de santé mentale

Les défis pour les enseignants

De nombreux enseignants n’ont pas reçu de soutien en santé mentale pendant la pandémie. Les enseignants ont signalé plusieurs problèmes personnels de santé mentale entre mars 2020 et juin 2021:

  • Isolement social
  • Épuisement
  • Anxiété liée à la COVID-19
  • Sentiment d’être un « mauvais enseignant »
  • Manque de soutien administratif
  • Surmenage
  • Extrême tristesse

De nombreux enseignants se sont sentis isolés socialement et épuisés mentalement. Par exemple, les protocoles de sécurité en contexte de pandémie ont parfois limité les interactions entre collègues. Un enseignant a déclaré: « Avec tous les protocoles en place, il n’était pas possible de collaborer avec les collègues, ne serait-ce que pour échanger des idées et discuter de ces nouveaux défis […] J’ai dû [dîner dans] ma voiture […] parce que la salle du personnel était fermée. »

L’adaptation à l’apprentissage en ligne a également entraîné un sentiment d’épuisement. Faisant écho aux expériences de nombreuses gens, un enseignant a décrit les causes sous-jacentes à cette fatigue et à ce stress:

Les [problèmes] de connectivité et le [manque] d’espace approprié […] ont ajouté à mon stress. Le fait d’avoir à donner de la rétroaction sur chaque petit travail ou chaque petite tâche […] prenait des heures et j’étais souvent debout jusqu’à minuit ou plus tard. Devoir créer des feuilles de travail numériques et les rendre accessibles à tous (feuilles modifiées, remplissables, etc.), puis créer des liens pour y accéder ou les offrir en plusieurs formats (numérique et pdf pour les imprimés), passer des heures à rechercher des sites Web appropriés et utilisables et suivre le programme d’études était absolument épuisant. Le niveau de stress était très malsain.

Le dévouement des enseignants à l’enseignement de L2 et les défis de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée ont également contribué au sentiment de surmenage. Un enseignant « s’est retrouvé à travailler 12 heures par jour. C’était très exigeant, avec très peu de frontière entre le travail et la vie familiale […] Je pense que j’ai travaillé 100 fois plus fort [parce que] je ne voulais pas que mes élèves abandonnent le français ou l’espagnol lorsqu’ils reviendront à l’apprentissage en personne. »

Dans l’ensemble, la pandémie a eu de fortes répercussions sur la santé mentale des enseignants de L2 au Canada. En réfléchissant à l’enseignement en ligne, de nombreux enseignants affirmaient préférer la classe physique. Malheureusement, certains enseignants se sont retrouvés à essayer simplement « de survivre et de passer à travers une journée ». De nombreux enseignants ont indiqué que les problèmes de santé mentale de leurs élèves avaient également une incidence sur leur enseignement, ajoutant ainsi à leur propre stress.

Les défis pour les élèves et les familles

Souvent, les défis des élèves étaient rattachés à leur situation à la maison (p. ex., avoir un accès Internet fiable ou se référer à un adulte pour faciliter l’apprentissage). Certains élèves participaient à l’apprentissage à distance, mais la plupart éprouvaient les problèmes suivants:

  • Stress (p. ex., sentiment d’être mal préparé pour les études postsecondaires, stress face à l’inconnu, peur de contracter la COVID-19)
  • Isolement et dépression (p. ex., incapacité de demander l’aide de l’enseignant, perte des amis)
  • Désengagement et défiance (p. ex., réaction aux protocoles de sécurité en classe, apprentissage en ligne)
  • Préoccupations des parents (p. ex., crainte relative au rendement scolaire de l’enfant, difficulté à comprendre les devoirs dans la langue cible)
  • Stress lié à la réorganisation des cours (p. ex., passer de 40 minutes par jour pour le français à des interactions occasionnelles)
  • Fatigue

Une enseignante a décrit la peur des élèves de la manière suivante:

Je connais de nombreux élèves qui sont devenus très anxieux concernant la COVID, ne sachant pas si leurs amis étaient malades à la maison […] Mes propres enfants d’âge scolaire étaient très anxieux si mon mari ou moi quittions la maison pour aller travailler ou faire l’épicerie. C’était une période très effrayante pour eux, surtout qu’ils étaient aussi entourés d’adultes qui n’avaient JAMAIS vécu une telle situation. Nous n’avions pas de réponses […].

Les enseignants et les élèves en L2 ont pu être particulièrement touchés par les problèmes de santé mentale pendant la pandémie de COVID-19, car les aspects dynamiques de la pédagogie et des programmes ont été affectés négativement. Un enseignant a déclaré: « La capacité de voyager et de faire des excursions […] de partager des expériences culturelles […] et les examens du DELF [ont été annulés], de sorte que la motivation était faible pour certains élèves et que d’autres ont tout simplement “disparu” de la surface de la terre. »

Les problèmes de santé mentale chez les enseignants et les élèves présentaient également des points communs. L’incertitude générale face à la pandémie a généré un stress continu. Le désengagement des élèves se répercutait sur les enseignants surmenés. Une personne ayant répondu au sondage soutenait que « le manque de participation » lui donnait le sentiment d’être « peu appréciée et que mon temps de travail était gaspillé. À mon tour, je me sentais démotivé. Il était parfois difficile de mettre tout mon cœur dans mon enseignement. »

Des stratégies et des ressources en santé mentale

Conscientes de l’importance de chercher continuellement à assurer une bonne santé mentale dans nos communautés d’enseignants, nous proposons un éventail de stratégies et de ressources.

Des stratégies proposées par les participants

En plus de certaines de nos suggestions personnelles, les professeurs ont partagé les idées suivantes pour améliorer la santé mentale:

  • Adopter la technologie.
  • Éviter la microgestion de la classe.
  • Inclure des conférenciers invités virtuels issus de la communauté de la langue cible.
  • Être « aussi actif que possible, comme faire du ski de fond en hiver. »
  • Jouer des instruments de musique.
  • Écouter de la musique entraînante et inspirante.
  • Écouter des balados d’intérêt personnel.
  • Pratiquer quotidiennement la méditation.
  • Croire au mantra « Cela aussi passera. »

Une personne ayant participé à un groupe de discussion a insisté sur la nécessité d’établir des relations entre les élèves et les enseignants pour stimuler l’apprentissage: « Prenons le temps de connaître nos élèves, de développer des liens, parce qu’après ça va beaucoup mieux pour passer le contenu. » Une autre a rappelé aux enseignants leur force intérieure, en disant: « Je pense que tout le monde a retenu comment c’est important pour un enseignant [de recevoir] la valorisation. Puis faisons confiance aux profs. »

Des ressources en santé mentale

En plus des stratégies mentionnées ci-dessus, les enseignants disposent des ressources suivantes en matière de santé mentale:

Nous espérons que vous avez trouvé du réconfort et de l’inspiration en découvrant les expériences des enseignants de L2 au Canada relatives à la santé mentale pendant la pandémie. Restez à l’affût de notre prochain blogue sur les expériences et les stratégies relatives à la communication orale en ligne.

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