La piste Cabot, Île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse.

 

Par Rebecca Schmor

Après un siècle de vague migratoire depuis les Highlands et les îles d’Écosse, le gaélique était la troisième langue la plus parlée au Canada en 1900. Depuis ce pic, la population canadienne de locuteurs du gaélique écossais s’est fortement concentrée en Nouvelle-Écosse (Nova Scotia), surtout sur l’île du Cap-Breton, où le terrain accidenté et isolé a contribué à la survie de la communauté linguistique.

La Nouvelle-Écosse est le seul endroit en dehors de l’Europe où le gaélique écossais est encore parlé comme langue communautaire, avec un bureau officiel des affaires gaéliques et un collège gaélique à St. Ann’s. Ces efforts de préservation linguistique sont antérieurs à la reconnaissance par l’Écosse, en 2025, du gaélique comme langue nationale officielle. À la lumière d’intenses efforts de revitalisation, le gaélique est actuellement classé comme une langue en péril dans un état de « croissance fragile », avec de nombreux Gaëls adultes se réappropriant leur langue d’origine.

J’ai interviewé Paul Meighan (Pòl Miadhachàin), un Gaël écossais résidant au Canada, pour en apprendre davantage sur son parcours de réappropriation linguistique. Voici ce qu’il avait à dire.

Pouvez-vous décrire votre parcours d’apprentissage du gaélique écossais?

Je suis né et j’ai été élevé à Glasgow par ma défunte mère, Angusina MacGillivray de South Uist, l’un des centres gaéliques. Le gaélique écossais est ma langue ancestrale et une partie essentielle de mon identité. C’est aussi une langue autochtone menacée en Écosse avec environ 70 000 locuteurs. En grandissant, j’ai souvent entendu parler le gaélique autour de ma grand-mère qui le parlait couramment, Dolina Walker, qui – comme beaucoup de Gaëls – a déménagé d’Uist à Glasgow pour le travail. Pourtant, je n’ai pas pu apprendre le gaélique dans le système éducatif traditionnel, où seuls l’anglais, l’espagnol ou le français étaient offerts. Des parents plus âgés se souviennent d’avoir été battus pour avoir parlé le gaélique, et cette violence – au même titre que l’héritage des Highland Clearances [déplacements forcés des Gaëls] et des politiques discriminatoires excluant le gaélique des écoles – a profondément perturbé la transmission intergénérationnelle. Une fois, quand j’ai demandé à ma grand-mère de me l’apprendre, elle a dit que je n’en avais pas besoin.

J’ai toujours voulu apprendre ma langue – ou m’en souvenir. Le fait de commencer mon doctorat en revitalisation des langues autochtones à McGill en 2019 a motivé une décision consciente de me réapproprier le gaélique plus pleinement. Les outils numériques ont été essentiels : j’ai suivi des cours en ligne pendant la pandémie de COVID-19 et j’ai appris avec des organisations gaéliques telles que Ceòlas à South Uist. La grammaire m’a d’abord semblé intimidante, mais en apprendre davantage sur la culture gaélique – les chansons, les récits et l’histoire – m’a profondément touché et a soutenu ma motivation. Aujourd’hui, je m’engage quotidiennement avec le gaélique et j’étudie grâce à un diplôme d’enseignement supérieur en gaélique chez Sabhal Mòr Ostaig. En tant que sociolinguiste gaélique, le gaélique façonne ma conception de la langue, de l’identité, du territoire et de mes responsabilités comme invité immigrant sur les terres autochtones au Canada.

Paul Meighan à South Uist, Écosse.
Paul Meighan à South Uist, Écosse.

Quelle est votre expérience avec le gaélique écossais au Canada?

Mon expérience avec le gaélique au Canada a été celle d’un immigrant récent ainsi que d’un défenseur du patrimoine, d’un apprenant et d’un chercheur issu de la diaspora. J’ai appris que le gaélique est parlé sur l’île de la Tortue depuis le 18e siècle et qu’il y a aujourd’hui environ 2 200 locuteurs, la plupart vivant sur le territoire de Mi’kma’ki (particulièrement en Nouvelle-Écosse), souvent décrit comme la seule communauté gaélique vivante en dehors de l’Écosse.

Cette histoire me rappelle les appels à l’action de la CVR ainsi que le besoin de reconnaître les torts causés par le colonialisme et de changer les comportements. De nombreux Gaëls déplacés par les Highland Clearances sont devenus plus tard des colons impliqués dans le déplacement des Mi’kmaq qui les ont aidés à s’installer. Pour moi – et comme d’autres langues non autochtones au Canada –, le gaélique côtoie les langues autochtones de ces terres, qu’il ne doit jamais éclipser. Il est encourageant de voir des initiatives à Mi’kma’ki et à Unama’ki (Cap-Breton) – comme le Barra Strait Mi’kmaq Friendship Festival [Festival de l’amitié des Mi’kmaq du détroit de Barra] et la nomination du premier chef d’interprétation L’nu, John Sylliboy, au musée Highland Village du Cap-Breton – qui visait à rapprocher les cultures et à renforcer les bonnes relations entre les Gaëls et les Mi’kmaq.

À Toronto, j’ai découvert le gaélique grâce à la Gaelic Society et rencontré de nouveaux locuteurs. J’ai aussi appris l’existence d’initiatives immersives en Nouvelle-Écosse, comme An Àirigh ⎥ The Shieling, un programme d’immersion en résidence de quatre mois utilisant la méthodologie Gàidhlig aig Baile ⎥ Gaelic in the Home). J’ai eu la chance d’établir des liens avec des gens formidables engagés dans la revitalisation du gaélique, notamment Shannon MacMullin, du Bureau des affaires gaéliques de la Nouvelle-Écosse, et Kenneth MacKenzie, un cornemuseur et violoniste de renom. Kenneth est directeur de l’éducation et vice-président de Beinn Mhàbu à Colaisde na Gàidhlig. Il est également un directeur fondateur de Taigh Sgoile na Drochaide – la première école d’immersion gaélique en dehors de l’Écosse. Et son père vient de mon île natale de South Uist. ’S e saoghal beag a th’ ann an saoghal na Gàidhlig! Le monde gaélique est petit.

Quels sont vos mots gaéliques préférés?

Dùthchas évoque la parenté, l’appartenance à la terre plutôt que la « possession » de la terre, et un sens des responsabilités.

Cèilidh signifie « une visite » – se rassembler pour partager des histoires, des chansons, des rires et de la bienveillance.

Les deux me remplissent d’espoir pour l’avenir du gaélique et d’autres langues autochtones, et me rappellent que les langues vivent à travers les relations, pas seulement dans les salles de classe et les manuels scolaires.

Interview sur la biographie linguistique

Description de l’activité

Dans cette activité de groupe, chaque apprenant interviewe un camarade en dehors de son groupe au sujet de sa biographie linguistique, puis rédige un rapport collectif avec son groupe. Cette activité est conçue pour les apprenants de langues avancés au niveau secondaire ou supérieur, mais peut être adaptée à d’autres niveaux de compétence ou contextes. Les adaptations possibles comprennent l’invitation des apprenants à rédiger un rapport biographique sur leur propre langue ou à interviewer un membre de la communauté, puis à partager leur rapport avec la classe. Les rapports pourraient également être collectés et organisés dans un format de livre électronique ou de blogue collectif.

Étapes de l’activité

Vous interviewerez chacun un camarade de classe pour en apprendre davantage sur son parcours d’apprentissage linguistique, puis rédigerez un rapport collectif avec votre groupe.

  1. Avec les membres de votre groupe, créez une série de questions d’interview dans la langue cible. Vous pouvez poser des questions sur l’utilisation de la langue à la maison, les expériences d’apprentissage linguistique, les méthodes d’apprentissage linguistique ou les aspirations futures en matière d’apprentissage linguistique. Vous pouvez lire l’article de blogue ci-dessus pour vous inspirer.
  2. En classe entière, formez deux rangées égales et interviewez le camarade qui se tient en face de vous. Assurez-vous de prendre des notes en écoutant les réponses à vos questions.
  3. Retournez dans votre groupe et partagez à tour de rôle les réponses que vous avez reçues.
  4. Avec votre groupe, synthétisez les réponses aux interviews dans un rapport écrit. Vous pouvez écrire sur des thèmes communs ou inclure des citations de camarades de classe spécifiques. Assurez-vous que votre rapport soit un récit intégré et non un résumé de réponses décousues.
  5. Échangez votre rapport avec celui d’un autre groupe et fournissez une rétroaction sur la rédaction pour aider à l’améliorer. Tout d’abord, déterminez en tant que classe le type de rétroaction le plus utile (p. ex., les choix de mots, les structures grammaticales, l’ordre des idées).
  6. Avec votre enseignant(e), réfléchissez aux rapports d’interview écrits. Quels étaient les points forts? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré la prochaine fois?

Commentaire sur l’activité

Cette activité favorise l’autonomie collective, la pensée d’ordre supérieur et la réflexion. Les élèves sont libres de créer leurs propres questions d’interview, mais doivent également se mettre d’accord sur ces questions en tant que groupe. En rassemblant diverses réponses aux interviews, ils font appel à des compétences de fonctionnement cognitif complexes telles que la synthèse, la sélection et la narration. Ils perfectionnent davantage ces compétences grâce à un débriefing réflexif qui aide à accroître la conscience métalinguistique et à intégrer les connaissances acquises.

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